La crise de la quarantaine

La crise de la quarantaine

J’ai souvent pensé que Terminator devait faire le deuil de cette relation soi-disant idéale qu’il a eu pendant vingt ans. Soi-disant qu’il n’avait jamais eu ni critique, ni reproche. Pendant 20 ans ça a été idéal, mais tout d’un coup, madame fait une crise de la quarantaine et change totalement. Ainsi pendant deux ans il vit l’horreur.

Voilà comment initialement il m’a présenté son histoire. Oui je sais c’est risqué de démarrer une histoire dans ce contexte. Mais vous le savez bien le choix en magasin est limité. Même si les poissons dans la mer sont nombreux.

Le fait est qu’elle n’en était pas sortie de sa crise de la quarantaine puisqu’elle continuait de l’accuser de manipuler les enfants, d’être menteur, égoïste et je ne sais quoi encore. Soit.

Il ne s’est jamais poser la question du pourquoi. Pourquoi ça n’allait plus entre eux ? Comment est-elle passée de l’état –bien– à l’état –crise– ? du jour au lendemain ? Non évidemment. En creusant, en lui posant des questions, j’ai compris que l’instit de la petite dernière avait fait des appels du pied à la mère une bonne partie de l’année scolaire. Comme elle ne travaillait pas, elle devait être matin, midi et soir à la sortie de l’école. Elle est finalement tombée amoureuse du mec. Terminator l’a découvert en lisant des mails. Bref le cas classique de la femme, un peu délaissée, insatisfaite dans sa relation, qui se trouve valorisée dans les yeux de quelqu’un d’autre.

Mais il ne s’est jamais demandé ce qui n’allait pas dans la relation. Il n’a même jamais parlé de trahison. Il parlait uniquement de « crise de la quarantaine ».

Il s’est tout de suite isolé de son ex. Il me disait qu’il était resté sous le toit familial uniquement pour reconquérir… « reconquérir » c’est bien le mot qui me vient spontanément à l’esprit. Oui pour reconquérir sa fille. La mère avait établi sur l’enfant une sorte d’aliénation parentale : la petite ne voulait plus parler à son père, refusait toutes formes d’affection. Quand il me racontait l’histoire, c’était ça qui semblait l’avoir plus affecté que la tromperie de sa femme. La mère dormait dans le lit parental avec la fille, et le père dormait sur le canapé, vous imaginez le tableau.

La crise de la quarantaine est plutôt une crise existentielle, pendant laquelle on recherche un sens à sa vie. Les repères qu’on avait jusqu’à présent se brisent ou disparaissent : les enfants qu’on a élevés pendant 20 ans partent du nid, on réalise qu’on n’a pas eu de carrière. A 40 ans, on peut regarder la vie qu’on a vécue, et évaluer celle qui se profile à l’horizon. Soit elle nous plait, soit on peut considérer avoir raté des choses, et c’est alors qu’on peut considérer que c’est « maintenant ou jamais ». C’est compréhensible d’avoir un peu le vertige.

Mais dans ce que me racontait Terminator, rien de tout ça, pas de problèmes existentiels. Ce qui revenait était le côté insaisissable de « la crise de la quarantaine ». Il s’était renseigné sur internet. Je ne sais pas comment il avait abouti à cette conclusion, mais c’était sa conviction. C’est seulement en lui posant des questions, sur les évènements qui avaient précédé cette fameuse crise, que j’en ai conclu que la raison était certainement ailleurs. Et qu’il se voilait la face. Que ça l’arrangeait bien finalement de croire qu’une force mystérieuse s’était emparée de sa femme, et qu’il n’était en rien responsable. C’était plus confortable de ne pas se poser de questions.

D’ailleurs poser des questions à Terminator ça n’était pas son truc.

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