Le pouvoir de l’excuse

Le pouvoir de l’excuse

La question n’est pas de savoir qui a raison, qui a tort, et de s’embarquer dans des explications à n’en plus finir. La question est simplement de savoir si on peut reconnaitre qu’une attitude, une parole a blessé, sans le vouloir. Simplement s’excuser, de son oubli, de marcher sur les pieds, c’est déjà à moitié se faire pardonner.

 

Je lui ai demandé de me rendre ma paire de clés. Symboliquement mes clés ne représentent pas grand-chose pour lui, puisqu’il les oublie. Pour moi en revanche lui filer une paire de mes clés c’était symboliquement important. C’était une marque de confiance.

Un jour que j’en avais ras le bol qu’il sonne à l’interphone, comme chaque soir, je lui dis « tu n’as qu’à me les rendre si tu les oublies tout le temps, au moins tu auras moins de trousseaux à te trimballer ». C’était son argument. Encore une fois, jamais il ne s’excusait de les avoir oublié. Tout simplement (ah le pouvoir de l’excuse). Non il avait toutes sortes d’arguments qui au final aboutissait au fait qu’il ne les avait jamais avec lui. Donc moi, au bout de la ènième fois où j’entends cette putain de sonnerie d’interphone, je lui balance la vanne. Et bin il me les a rendues direct. Il a pris ça comme un reproche sans se remettre en question le moins du monde. Alors que j’aurai voulu quelqu’un en face avec plus de répondant, qui m’explique : c’était important pour lui d’avoir mes clés ou pas ?

Ça n’a pas été la raison de la rupture, mais il avait gardé ça en tête, sans en parler pour l’évacuer. Le jour où il s’est barré il s’est plaint que je lui faisais trop souvent des reproches. Ce qui a déclenché le truc est un évènement relativement anodin qui s’est produit un soir venteux. Il marchait à 20 mètres de moi pour aller à un bar. Je lui dis « tu n’es pas obligé de me prendre la main, mais au moins tu pourrais marcher à ma hauteur ». Sur ces paroles, il vient à ma hauteur et me prend le bras comme à une petite vieille. Moi je retire mon bras de colère, du peu de cas qu’il fait de ma demande. Je réagis instinctivement à son manque de tendresse. Raconté comme ça, ça aurait pu être ma goutte d’eau… et bien non, ça a été la goutte d’eau qui a fait déborder SON vase. Je ne trouve pas que d’avoir les boules parce que ton mec marche devant toi, même pas côte à côte, je ne trouve pas que ce soit disproportionné. Par contre, arrêter une relation parce que ta nana s’est vexée parce que tu ne lui tenais pas la main, là oui je trouve ça disproportionné.

Après il avait un peu raison, inconsciemment il m’agaçait : j’en avais marre qu’il botte en touche, qu’il évite les discussions sur le sujet qui me préoccupait. Il changeait de conversation. J’en avais marre de stagner, de ne faire que passer week-ends après week-ends à ne rien faire. La semaine reprenait, et il ne se passait rien, ça n’évoluait pas.

Et il y a un truc qui s’est brisé dans mon petit cœur le jour où je lui ai parlé de ma revue de performance au boulot. Tout d’abord, au téléphone, tout ce qu’il me disait c’était comment ça se passait dans SON entreprise. Ouais okay, mais là on ne parle pas de toi, on parle de moi j’avais envie de lui dire. Jusqu’à un soir où, je lui sors : «  ce qui est chiant dans ces histoires de revues de performance modernes, c’est que les chefs ne sont pas évalués ». Tenez-vous bien, il a piaffé. Oui oui. Il a ricané, comme un gosse. Faut-il le préciser : monsieur est directeur d’une petite boite, pas vraiment la sienne, mais directeur quand même. Il s’était donc senti visé. En une fraction de seconde il avait encore une fois rapporté ça à sa petite personne et avait ricané de sa bonne fortune par rapport à ma situation. Son rire était complètement puéril, et maladroit. Mais allait-il s’excuser ?

Pas de suspens, vous avez déjà la réponse. Le pire dans cette situation, où donc il a été incapable de voir que ce piaffement m’avait vexé, est qu’il a été également dans l’incapacité de s’excuser. Alors que ça me paraissait tellement énorme.

Le lendemain, une fois avoir pris un peu de recul, j’ai pris ma conversation non violente à bout de bras, et je lui en ai parlé, le moins agressivement possible. Il fallait quand même que je lui dise que j’avais été heurtée. Je pense qu’inconsciemment j’avais besoin qu’il s’excuse. Et bien non. Il a argumenté en long en large en travers, le pourquoi du comment de sa réaction. Le pire c’est non seulement il ne comprenait pas pourquoi et comment il avait pu m’affecter, mais qu’en plus il a gardé ça en mémoire, et me l’a ressorti comme un des trop nombreux épisodes de je-te-fais-trop de reproches et de critiques. En gros, il s’est vexé que je puisse être vexée par son attitude. Bravo.

….

4 mois après la rupture, j’étais en vacances avec mon gamin. On plaisantait, on se chariait, mais lui arrive à toucher un point sensible. Il me dit un truc que je trouve blessant, et je lui explique calmement que ce qu’il me dit me heurte, ne me fait pas plaisir, me vexe un peu quoi. Et sur ce, c’est au tour de mon petit bout de se vexer, et d’argumenter que ce qu’il dit n’est que sur le ton de la plaisanterie. En gros il ne comprend pas que je puisse être vexée par ce qu’il dit. Soit. Mais la question n’est pas de faire le procès de qui a raison qui a tort. La question n’est pas de savoir si tu l’as dit dans l’intention de blesser. Non. La question est juste de savoir si l’on peut reconnaitre que dans cette situation quelqu’un a été vexé. Je lui explique que s’il dit un truc qui va vexer son ami, sans le faire exprès peu importe, il doit s’excuser.

Le plus important dans cette histoire est que j’ai cru revivre la même situation avec Terminator. Incapable tout simplement de s’excuser. Argumenter qu’il n’y avait aucune mauvaise intention.

Et là j’ai réalisé que Terminator était certainement bloqué dans l’âge émotionnel d’un ado.

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